Sous ce titre général cest à la période allant de la libération des camps à nos jours que les historiens consacrèrent lultime après-midi du colloque. Six communications, un débat (hélas trop court) et les conclusions tirées par Stefan Martens
une programmation copieuse avec, en filigrane, laction de notre Fédération notamment dans la bataille du statut
ou, plus clairement, dans la bataille de lappellation.
Dès « un retour non soldé : les requis de 1945 à nos jours » M.François Cochet sest attaché à rappeler comment une hiérarchie celle des souffrances- sest dessinée puis affirmée entre les trois catégorie de « Rentrants ». Pour lui cest pendant « la période franche » en Allemagne au moment du rapatriement que lhorreur des camps écarte la priorité militaire que les Américains avaient accordée aux PG ; la 3e place est dévolue aux Requis (qui sen montrerait choqué ? certainement pas nous).
De là et jusquà la remise des rapatriés aux services du Ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés, à la frontière simpriment, tant chez les rentrants que chez ceux qui accueillent, les premières images catégorielles.
Sans sattarder sur les péripéties des rapatriements ni sur la réintégration professionnelle la France de 45 a besoin de bras M.Cochet, après avoir cité quelques exemples daffirmation de cette hiérarchisation, estime « que les travailleurs nont dautre solution, dès fin 45, que de rêver dune vaste fédération qui engloberait les trois catégories de rentrants ». De là à trouver dans cet esprit les raisons de notre attachement au MNPDG, il ny a quun pas, quil veut voir franchi au congrès de Reims de 1948 sous la houlette de François Mitterrand devenu ministre des ACVG, qui, pas plus que nous, ont « espéré pouvoir se compter au rang des martyrs de lAllemagne ».
« Le thème de loubli et de lincapacité de la société française à reconnaître les souffrances endurées » amène les requis « à se forger une mémoire collective et à l imposer avec un succès relatif ». La bataille du statut se préfigure. « Un long travail de positionnement dans la mémoire collective commence alors ».
Avec Anne Simonin sinterrogeant « les travailleurs volontaires ont-ils été indignes ?
« cest à une réflexion trop souvent éludée que nous avons été conviés ainsi quà un cours magistral sur « le droit de nécessité » dépassant largement le cadre de ce colloque.
« Limage déplorable dans limaginaire collectif du volontaire » Patrice Arnaud et Helga Bories-Sawala nous lavaient donnée dans leur communication. Anne Simonin, même si elle nuance un peu ces termes, sétonne « que la forte réprobation publique que suscitent les 300.000 volontaires (dont 42.654 femmes) le travail volontaire nait pas fait lobjet dune répression dans le cadre de la justice de lépuration ». Et de mettre en parallèle « les 150.000 volontaires partis de la région parisienne
et les 351 arrêts des chambres civiques de la Seine concernant le travail volontaire
et encore sur ces 351 il ny en eut que 57 concernés exclusivement pour cette action
qui plus est 70.1% de ceux là furent acquittés ».
Quelle explication à cette mansuétude alors que cette juridiction dexception que sont les chambres civiques a été crée par la Résistance et missionnée pour sanctionner tous les actes de collaboration avec les allemands ».
Lhistorienne, à létude des motivations des jugements des chambres civiques et en se situant « entre une justice politique et une justice de classe (inversée puisquelle épargne les plus démunis) voit apparaître lapplication dune théorie pénale alors peu prisée de la doctrine et des praticiens du droit ; lEtat de nécessité ».
Quest-ce que lEtat de nécessité « cest la situation dans laquelle se trouve une personne qui ne peut raisonnablement sauver un bien, un intérêt ou un droit que par la commission dun acte qui, sil est détaché des circonstances qui lentourent serait délictueux ».
« Quel a pu être le raisonnement des Cours pour ne pas sanctionner, à la libération, lacte anti-national caractérisé que représente le travail volontaire ? « Même si larticle 2 des ordonnances du 26 août et du 26 décembre 1944 ne cite pas le travail volontaire celui-ci relève bien de la définition donnée de lindignité nationale.
Après avoir écarté comme peu convaincante, lexcuse de fort taux de chômage (limité dans le temps), le blocage des salaires au niveau de septembre 1939, lexplication est plus probante mais finalement ce sont les prosaïques difficultés du quotidien sous loccupation qui vont caractériser létat de nécessité, cet état de détresse, les Français ont froid, les Français ont faim, le sacrifice de « lhonnête » au profit de la conservation de soi et des siens, apparaissent circonstances légitimes.
Madame Simonin soulève toutefois une interrogation intéressante : le travail volontaire en Allemagne était-il , à lexclusion de tout autre, le meilleur moyen de conjurer le péril ? Et dévoquer une autre solution : « travailler pour les allemands, avec des salaires décents, mais en France. Or ce choix, le plus confortable (un volontaire prend au moins le risque de sexpatrier) est pire pour la cohésion nationale parce quil porte directement atteinte à lunité des Français en montrant les profits retirés des contacts directs avec lennemi ».
Encore faut-il retenir que la mansuétude ne sest pas appliquée et cest normale « aux travailleurs volontaires militaires »
mars 55, 820 jugements sont prononcés par contumace. Sur 47 cas de cette espèce entre 1945 et 47, six seulement sont acquittés ; la dégradation nationale à vie et prononcée dans 57.4% de ces procès, peine presque toujours assortie dune confiscation des biens ». De même lorsque peuvent être identifiés « travailleurs volontaires ayant servi la cause de lennemi par un engagement politique ou une attitude anti-nationale caractérisée, la sanction tombe : sur 294 cas on ne relève que 17.6% dacquittements ».
En résumé les travailleurs volontaires simples auront bénéficié de la volonté politique de ne pas encombrer, avec une telle masse de 250.000 dossiers, les chambres civiques qui, dans leurs appréciations, « ont anticipé lévolution de la législation française en ayant notamment recours à létat de nécessité ».
Mais était-ce bien jugé de sêtre placé en état de nécessité ? Madame Simonin cherche la réponse dans larticle 312 du code des pensions militaires qui conformément à la lettre de loi du 14 mai 1951 considère « quun travailleur volontaire ayant accompli un acte contraire à la résistance française ne peut prétendre être indemnisé au titre de victime de guerre ». La contradiction est évidente : ne pas avoir jugés « indignes » à lépoque les travailleurs volontaires puis, 20 ans plus tard les priver de pension en les considérant comme collaborateurs ».
Et de conclure « la chose jugée nen sort pas grandie ».
Il revenait à M. Barcellini, directeur de lOffice National des Anciens Combattants de traiter « les requis du STO devant la (les) mémoires. Historien de formation et qui plus est, homme du sérail il occupa longtemps des postes importants au ministère des ACVG prit la précaution de préciser que lon ne peut comprendre la mémoire des requis du STO si lon ne comprend pas leur bataille du statut.
Sappuyant sur des documents photos, il présenta ce cheminement au travers dun découpage en trois périodes : celle de la certitude (1945-50), celle des désillusions (1950-1981) et celle de lamertume 1981-1992), celle ou « le Proscrit » appelle au combat pour lhonneur de la mémoire.
Tout au long des deux premières la Fédération nationale des Déportés du Travail va enraciner dans la mémoire les chiffres de ses divers morts et de ses rapatriés grands malades « le prix payé entre 1942 et 45 ». Cest une démarche quil qualifiera ensuite de « mémoire funéraire » marquée par lattribution de la mention « mort pour la France », par le rapatriement officiel en 1947 du corps du Déportés du Travail Inconnu, par lérection de stèles dans les cimetières et de pose de plaques commémorant dans des gares le départ des convois. Après avoir souligné que linhumation du DT Inconnu dans le carré sacré du Père-Lachaise nétait pas neutre, quelle était une réaction à la cérémonie du 11 novembre 1945 au Mont-Valérien présidée par le Général de Gaulle (parmi les 15 inhumés on notera quil ny avait pas de déporté politique, ni de STO, ni de malgré nous), M.Barcellini insistera sur la symbolique de plus en plus évidente de nos monuments (colonne brisée, boulet, chaîne), notamment dans celui érigé sur le tombeau au Père Lachaise et inauguré le 21 juin 1970 en présence de M.Duvillard ministre des ACVG et de 10.000 requis du STO.
Autant dactions et de faits qui contribuèrent à imposer la notion de Déportation du Travail dans le langage.
Cette mémoire funéraire « la fédération par un énorme travail la transplante en Allemagne, à Dortmund, Brandenbourg et Grossbeeren » ; M.Triboulet, ministre des ACVG est présent en 1960 à linauguration du mémorial du Bittermark. « Cette cérémonie a été lun des premiers gestes de réconciliation et damitié franco-allemande de laprès guerre ».Malgré cela, cest le temps des désillusions.
Viendra en 1981 le temps de lamertume. Sans connotation politique mais en souvenir du MNPGD larrivée de François Mitterrand à la Présidence de la République portait en elle un espoir pour les requis du STO. Espoir déçu, le trio de laffiche du retour « ils sont unis ne les divisez pas » est réduit à un duo dans le timbre poste du 40e anniversaire du retour ; le requis est disparu « sa tête est tombée après un long débat en conseil des ministres ». Le rattrapage par le gouvernement dans la rédaction du texte de la plaque de la gare dOrsay en 1989 et la pose de la plaque spécifique de la gare de lEst en 1993 sinscrit dans le panorama mémorial.
Et après avoir évoqué un « Tout mémoire » extérieur à la fédération et à lEtat (au ministère de la Marine, à Quimper, Romans et Montluçon) ainsi que dans les deux musées du Pas de Calais, M.Barcellini a conclu : « En ce début de 3e millénaire, 51 ans après le vote de lAssemblée Nationale du texte Déporté du Travail et 50 ans après sa remise en cause, reflet de ce combat statuaire, sans cesse recommencé par la fédération, lon peut sinterroger si le temps du Tout Mémoire à travers sa grammaire banalisée, requis, non plus Déporté du Travail et sa muséographie des travailleurs esclaves neffacera- til pas demain les traces du combat daujourdhui ».
La fédération nationale des rescapés et victimes des camps nazis du travail forcé : histoire et combats. M.Arnaud Schlippi, sur ce sujet que nous connaissons bien, a semblé, comme ce fut le cas de Patrice Arnaud, avoir souffert de lobligation de résumer. Et, bien que nous ayons eu parfois du mal à reconnaître dans ses dires le fonctionnement de notre maison (difficulté à communiquer, omnipotence présidentielle, etc.) nous porterons à son crédit une bonne approche de la constitution de la mémoire sur les mêmes bases que M.Barcellini, une perception claire de cette motivation qui est « la défense de lhonneur » et de la fidélité à lobjet de sa fondation. Son regard sur « lappui de léglise » aurait pu susciter un débat.
De sa conclusion nous retiendrons « cinquante-six années après le retour d Allemagne la Fédération reste une organisation unique, centralisatrice et active
(
) Elle a réussi à aller plus loin encore que la défense des intérêts du STO ou de la bataille du statut. Elle a réussi un formidable travail de mémoire qui, même si elle lui est spécifique, nen demeure pas moins une source principal de documentation tant au niveau des témoignages que de laprès STO (
) Consciente que le véritable enjeu est celui de la mémoire, elle attend beaucoup du colloque et espère quun jour lorsque lon dira à la nouvelle génération « ton grand père a été STO » elle saura mettre une histoire sur ce titre ».
Pour en terminer sur cet utile rappel nous recourerons à deux précisions :
- la première liée directement à ce travail forcé en France suivant une note de la DPI Citée par Christian Bougeard « de savants calculs basés sur les cotisations sociales versées pour les travailleurs évaluent le travail forcé en France à 90.5 millions de semaines uvrées et à plus de 5 milliards dheures de travail au profit de lAllemagne de 1940 à 1944 ».
- la seconde est empruntée à J.P. Azema qui sest livré à létude chiffrée du nombre de Français toutes catégories confondues qui ont été appelés à travailler pour lAllemagne (volontaires, requis, STO, prisonniers en kommandos et PG transformés K.Z, réfractaires et dans les entreprises diverses en France). Une précision quil a donnée dans son introduction générale du colloque
et qui fin 1944 se traduit par 3.600.000 ! Nous laissons à quelques mémoires égarées le soin de méditer sur la réalité de lexploitation économique et humaine que ce colloque verse au dossier de la vérité historique.
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