« A mes yeux , l’essentiel est d’avoir fait entrer les requis du STO et le destin de ces hommes dans la dignité de l’Histoire qui, seule, assure la pérennité de la mémoire »

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La communication de Madame Arlette Wieviorka : « la bataille du statut : des Déportés du Travail aux Requis du Travail Forcé » était très attendue de par son sujet mais également pour la forte personnalité de la directrice de recherche au CNRS.
Une attente qui ne fut pas déçue, l’historienne ayant d’entrée cadré le sens de cette bataille « déclenchée à l’instar de certains déportés politiques et déportés résistants : si l’on s’attache aux mesures matérielles les requis du travail obligatoire ont, en effet un statut. Par contre au sens social ils s’en considèrent démunis et c’est en quête d’une reconnaissance qu’ils se battent.
Un combat aussi opiniâtre et d’une telle durée est unique dans l’histoire, tout tourne autour d’un seul mot, d’un seul titre « Déporté du Travail ».
Dans une société qui a la manie du jugement, les notions de valorisation et d’opprobre comptent. « Ces hommes qui ne sont ni héros tous ensemble, même si certains le sont devenus là-bas, ni tous victimes même s’il y en eu comme Marcel Callo, peinent, comme les PG, à trouver une identité et une place dans la mémoire collective ». Alors c’est en se référant aux principes fondamentaux des historiens – comprendre donc rechercher la vérité – que Madame Wieviorka instruira le dossier.
En rappelant qu’en 1943 les émissions de la BBC et la presse de la Résistance font état exclusivement du mot Déportation pour le STO, faisant passer au 2e plan tous les autres, en citant de Gaulle sur ce sujet d’une évidente importance politique, stratégique, économique mais également pour la résistance que les actions Sauckel privent de son vivier elle confirme bien que la résistance a, elle même, baptisée « Déportation » notre épreuve.
Citant le « manuel du déporté », édité par la MNPGD, elle relève l’usage des termes forçat, chaîne et la phrase « Tu n’es pas un travailleur mais un déporté » ; Pierre Brossolette parle lui de bagne.
Alors pour ceux qui « n’ont pas pu, pas su ou pas voulu choisir le réfractariat » la France les assimile aux PG et aux concentrationnaires sous le vocable « d’absents ». Organisateur du rapatriement Henry Frenay à la tête du ministère des Prisonniers, Déportés, Réfugiés, est unitaire ; l’affiche « il sont unis ne les divisez pas » va dans ce sens ; on prête la même intention au MNPGD.
Mais peu à peu des distinctions sont relevées entre les Déportés du Travail et les deux autres familles de rentrants quant à la durée du congé et au montant de l’indemnité, dans l’ordonnance du gouvernement provisoire de mai 45.
Et en 1948, le Parlement ne votera que deux statuts celui des Déportés Résistants (dont la définition est claire) et celui des Déportés Politiques (dont Madame Wieviorka dira : qui sont-ils, pas résistants, pas droits communs ?) … mais rien pour les Déportés du Travail auxquels pourtant dans le projet de 1946 le gouvernement reconnaissait la qualité de victimes civiles de la guerre « livrées par le gouvernement de Vichy ».
En insistant sur ce point l’historienne fait remarquer qu’il n’a donc pas été nécessaire d’arriver au colloque pour qu’ait été officiellement affirmée la responsabilité de Vichy.
Comme la bataille Assemblée Nationale (favorable) et Sénat (défavorable) bloque la situation, elle évoque la négociation Fédération des Déportés du Travail – Ministre, pour permettre l’attribution des dédommagements aux familles de disparus et aux malades.
« C’est le vote du 14 mai 1951, sans débat pour un statut sans dénomination » déclare Madame Wieviorka. La navette parlementaire va se terminer, l’Assemblée Nationale aura le dernier mot… mais la 5e République s’effondre. Depuis le Parlement n’a plus débattu.
L’heure arrive, en 1971, d’une attaque de cinq associations de résistants, de femmes de déportés et du réseau du souvenir tendant à interdire aux requis du STO les mots Déporté et Déportation. Des procès qui se prolongeront jusqu’en 1992 avec des jugement souvent différents. Elle en retiendra que « le poids d’une astreinte risquant de la ruiner » la fédération en 1982 change de nom. Et c’est seulement 10 ans après que l’arrêt de la cour de cassation de 1992 prononça l’interdiction, le président ayant notamment déclaré « que, chez nous, le mot Déporté a, dans le langage, pris un sens particulier ».
Et Madame Wieviorka de « commenter » la justice ne dit pas l’histoire, la justice juge mais le discours tenu est réflexion, la chose jugée ne dit pas nécessairement la vérité historique. Dans ce débat sémantique on voit le juge et non pas l’Académie Française définir et interdire qui relève des clivages mémoriaux plus que politiques même si au Parlement depuis 1990 c’est le groupe communiste qui soutien la revendication » NDLR : il y a eu également les propositions de loi 1813 et 182 rectifiée présentées par 124 députés UDF, PR, et DL).
« Les requis du STO sont indiscutablement les victimes de la collaboration de Vichy. Hommes dans la force de l’âge à l’époque ne pouvaient-ils pas prendre le risque du réfractariat ? Comme les PG ils ont subi un destin devant lequel d’autres ont choisi d’être insoumis ».
« Ils ont été des hommes ordinaires, qui nous représentent peut-être tous, dans une période qui a fourni des hommes extraordinaires ; ils ne méritent ni admiration, ni opprobre, seulement la reconnaissance de ce qu’a été leur histoire ». En les privant d’un titre de Déporté du Travail on les a rejetés dans une zone grise de la mémoire hors du rêve grandissant des héros et du cauchemar de l’horreur dans la banalité de la condition humaine.
A mes yeux l’essentiel est d’avoir fait entrer les requis du STO et le destin de ces hommes dans la dignité de l’Histoire qui, seul, assure la pérennité de la mémoire ».
Une communication dont la qualité intellectuelle appellera longtemps à méditation même si l’on peu regretter que lors de l’évocation du choix aucune allusion n’est été faite à l’impossibilité d’un refus quasi général ni aux violences répressives qu’il eut entraîné… Hommes ordinaires, oui, mais qui n’ont pas laissé à d’autres la croix de leur destin !