« Les Alsaciens et Mosellans enrôlés de force dans le Reicharbeitsdienst (RDA) »

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La France était occupée ; l’Alsace et la Moselle, elles furent annexées par l’Allemagne nazie en juin 1940. Ce distinguo d’importance a entraîné pour leur population des astreintes très particulières. L’une des plus choquantes fut l’enrôlement de force des jeunes dans le Reicharbeitsdienst, Service National du Travail Allemand.
Dans sa communication, « Jean-Noël Grandhomme a démontré que « en dépit de la parenté des appellations, le RAD n’a pas grand chose à voir avec le STO »
Et en rappelant l’origine et la finalité, l’historien lève d’entrée tout doute « le RAD créé le 26 juin 1935 par les nazis concerne les jeunes gens valides de 18 à 25 ans astreints à des tâches d’intérêt général (travaux agricoles, construction d’autoroutes et de la ligne Siegfried…) Fort de 200.000 membres en 1935 puis de 350.000 en 1939, le RAD présenté comme moyen de lutte contre le chômage est surtout pour Hitler l’occasion d’embrigader la jeunesse et la préparer à la guerre par la gymnastique et les exercices paramilitaires ».
D’emblée les deux Gauleiters de la zone annexée, Wagner et Bûrckel voient dans l’implantation du RAD une machine idéale à la « mise au pas et à la nazification » de l’Alsace-Lorraine. Encore faut-il donner l’impression non d’une astreinte mais d’un privilège. C’est pourquoi le 21 avril 41 en ce qui concerne les Mosellans et le 4 mai, pour les Alsaciens « possibilité est offerte d’effectuer le Service National ». Pour minimiser les réticences, voire les insoumissions, le RAD est présenté comme une école d’activité majeure donnant le sens du devoir accompli, les parents alsaciens confieront de grand cœur leurs fils et leurs filles à cette communauté de travail, la jeune recrue qu’elle sorte de l’enseignement secondaire, du bureau ou de la fabrique, comprendra le national-socialisme par la pratique ».
C’est bien là la finalité… à ce modelage de cerveau, les garçons des classes 1920 à 28 et les filles des classes 1923 à 26 vont être, non plus conviés, mais astreints. Chaque année deux contingents partiront pour six mois. On notera que, à l’exception des ACPG libérés par Hitller, les « Exemptés » sont les habituels répudiés de la race supérieure « malades, infirmes, simples d’esprit, condamnés de droit commun et suspects politiques ».
Ce RAD certains l’effectueront en territoire annexé mais beaucoup se retrouveront dans toute l’Allemagne ou l’Autriche, la volonté des Gauleiters étant « d’immerger les annexés de fait dans la vieille Allemagne afin d’accélérer leur germanisation ». Plus on avancera dans la guerre le RAD sera totalement contrôlé par la Wehrmacht et mis à son service.
Les « enrôlés de force » répondent massivement aux premières convocations par peur des représailles contre la famille. L’encadrement policier à la gare, le mépris de l’émotion des partants « vous avez besoin d’être éduqués, vous pleurez comme des petites filles, quelle éducation à la française » dépeignent le climat.
Dès l’arrivée dans des camps « comparables à ceux des scouts ou des CJF » le Drill (dressage) à la prussienne commence avec vociférations. Quant à la remise de l’uniforme de couleur moutarde avec écusson représentant une pelle entourée de deux gerbes de blé, elle se veut cérémonieuse. « Si une journée d’exercice alterne avec une journée de travail, le lever à 6 h et le rythme des activités sont marqués au coin d’une discipline toute militaire… le commandement Präsentiert den Spaten (présentez les bêches) celles-ci sont remplacées parfois par le fusil K 98 ». Les tâches, surtout agricoles au début, évoluent vers les services auxiliaires de l’Armée (fortifications, terrassement, usines d ‘armement) et avec l’intensification des bombardements alliés vers le déblaiement des ruines.
Quant à l’endoctrinement, il a sa large part avec des cours d’histoire de l’Allemagne et d’éducation politique. Le plus dur pour ces jeunes « c’est de devoir prêter serment au Fûhrer. Ceux qui le peuvent s’en tirent en marmonnant. D’autres disent höre (j’entends) au lieu de Schwore (je jure). Tous jugent sans valeur un serment prêté sous la contrainte ».

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« Plus encore que par le RAD masculin, les pères et mères de famille vont être ulcérés par le service féminin ». Créé en avril 1936 en Allemagne, rendu obligatoire en 1939, il est organisé en zone annexée. Dès novembre 41, quatre cent jeunes filles de Colmar et 700 de Strasbourg partent. Même régime que pour les garçons au camp : « nous ne pensons plus, nous exécutons des ordres », diront-elles.
L’incorporation de force connut, elle aussi, ses « Volontaires » et ses « Réfractaires ». Pour ces derniers, en infime minorité, ils recourent aux moyens légaux, aux certificats médicaux délivrés par des courageux docteurs « l’un mosellan, le Dr Dietrich finit par attirer l’attention de la Gestapo pour avoir opéré 300 appendicites – à des expédients comme des mutilations et aux fuites vers la France ou la Suisse. Des refus de signature « du certificat d’aryanité » suivis de manifestations valurent à leurs auteurs des mois d’internement dans le camp de rééducation de Schirmeck. Des fuyards repris se retrouvent directement en bataillon disciplinaire en URSS occupée. La loi du 1e octobre 43 appelle à la délation et sanctionne la complicité du silence. La presse titre « l’indulgence n’est plus permise, les traîtres seront décimés ».

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Les départs des convois pour le RAD donnent lieu à manifestations voire à mutineries notamment en janvier et février 43 ; les lourdes condamnations prononcées contre les meneurs n’empêchent pas des récidives.
Beaucoup désertent. Certains n’en seront pas récompensés… abusés par le port de l’uniforme « ils seront arrêtés par les troupes alliées ou livrés par des gendarmes français ; considérés soldats allemands, ils sont envoyés dans des camps comme celui de La Flèche d’où un certain nombre ne reviennent pas ».
Pour beaucoup, la religion est un grand réconfort. « La foi est une forme de résistance spirituelle, d’auto-protection de l’individu happé par la machine nazie » qui, luttant contre le christianisme, n’exempte pas du RAD les futurs prêtres souvent victimes de brimades ».
Le pire arriva fin d’été 42 lorsque les Gauleiters Wagner et Burckel décidèrent d’incorporer de force les Alsaciens et les Mosellans dans l’Armée Allemande rendant communs les Conseils de Révision au RAD et à la Wehrmacht. Pour satisfaire les besoins en hommes de l’Armée ou de la SS la durée du RAD est réduite de 6 à 3 mois ; le temps de latence entre fin du stage et incorporation a tendance à se raccourcir. Presque aussitôt certains sont affectés à la SS Totenkopf à Kocknlowka. L’incorporation dans la SS est de règle dans le Haut-Rhin pour la classe 1925.
La classe 1928, notamment dans la poche de Colmar est raflée et envoyée directement sur la frontière orientale du Reich et engagée contre les Soviétiques, les SS menacent de fusiller ceux qui ne feront pas leur devoir jusqu’au bout… Ce sont finalement les Américains qui les maltraiteront après leur capture !
Voilà le bien triste chapitre de l’incorporation de force de nos compatriotes – garçons et filles – d’Alsace-Lorraine. M. Jean-Noël Grandhomme dira, au terme de son étude « qu’il s’inscrit dans un cadre global d’assimilation. Pour la 1e fois, les nazis exigent d’eux une reconnaissance explicite de leur appartenance à l’Allemagne en les astreignant à prêter serment à Hitler ».
Mais cette appartenance à l’Allemagne pour leur être totalement reconnue les oblige à « d’abord faire preuve de leur sens du devoir envers la patrie allemande pour être admis dans la pleine communion juridique du vieux Reich. En fait, il s’agit, autour, de trouver des recrues en un temps ou les dieux de la guerre abandonnent les Fuhrer et que, dans ce contexte, après le RAD est logiquement venue l’incorporation de Force.
Ce n’est pas la protestation secrète du gouvernement de Vichy, le 27 octobre 1941, qui devant l’Histoire, dédouanera Pétain et Laval de s’être désintéressés du sort de ces compatriotes « abandonnés à l’Allemagne – comme en 1870 – pour prix d’une certaine tranquillité ».
Quant aux donneurs de leçon, d’après la bataille, qui s’exclamèrent « Travail obligatoire, incorporation de force, allons donc ! S’ils n’étaient pas d’accord ils n’avaient qu’à passer en France ou à déserter » - un refrain que les Déportés pour le Travail Forcé ont également trop entendu – souhaitons avec l’Historien « que cette étude contribuera à faire évoluer les mentalités et à rendre leur dignité à des femmes et à des hommes qui ont souffert doublement des persécutions nazies d’abord, du rejet de leurs propres compatriotes ensuite ».

Le nombre des Alsaciens et des Mosellans incorporés de force
dans le RAD est de : 70.000 personnes dont 15.000 jeunes filles.