Requis pour le STO, javais été envoyé dans un premier temps à Stettin, puis de là, fin mai 1943, au camp de Övre-Ärdal en Norvège. Nous étions 1060 Français.
Ce camp ressemblait à un camp de prisonnier de guerre avec des barbelés et sentinelles armées, nous qui étions, en principe, des travailleurs « libres ».
Nous travaillions à la construction dune immense usine daluminium.
Notre manque de liberté, les travaux pénibles que nous devions exécuter, toujours sous la garde de sentinelles, notre volonté de ne pas travailler sous la contrainte, qui plus est pour lAllemagne, même si nous étions en Norvège, incitèrent vite le plupart dentre nous à prendre une position anti-nazie.
Déjà se dessinait un mouvement de révolte, ce qui valut à plusieurs dentre nous de connaître la baraque disciplinaire, gardée par des sentinelles dune extrême sévérité. Le camp se composait de 10 baraques, dont celle des condamnés. Dautres baraques avaient été construites sur des chantiers éloignés.
Cest sous limpulsion dun dénommé Charles Laurier, quun noyau de résistance sétait créé. Dindividuelle, cette Résistance devint structurée. Des sabotages devinrent plus réfléchis.
Les nombreuses machines utilisées tombaient en panne, sans raison apparente. Le sable mis par des « inconnus » dans les engrenages nen était-il pas la cause ?
Ceux chargés de la réparation, constataient une usure anormale en ayant eu bien soin de nettoyer toute trace suspecte avant larrivée du contremaître. Les retards, limmobilisation du matériel retardaient considérablement les travaux. La solidarité unanime et patriotique faisait ses preuves.
Cest le 30 novembre 1944, quun groupe de 50 hommes, dont je fus , reçu lordre de préparer les bagages pour une destination inconnue. Emmenés en camion, encadrés militairement, nous avons été conduits au port de Ärdal-Stangen, puis embarqués en bateau jusquà Flam, toujours avec nos anges gardiens, puis par train jusquà Oslo. De nouveau en camion jusquau camp de Etterstad près dOslo, sévèrement gardé et entouré, lui aussi, de barbelés.
Nous étions parait-il, en transit.
Il nous fallait absolument quitter ce camp qui ne nous présageait rien de bon. Aussi, avec la complicité de deux camarades infirmiers à Ardal et donc en contact avec des médecins, dont lun deux, ainsi quun prêtre norvégien venant dOslo pour les offices religieux au camp, tous deux membres de la résistance norvégienne, nous nous sommes évadés à 10 dans la nuit du 4 au 5 décembre 1944, pour rejoindre la résistance norvégienne.
Rendez-vous nous avait été donné à la sortie du cinéma « le Swinsk ». Là , dispersés pour ne pas attirer lattention, nous avons suivi de loin une grande femme habillée en noir, qui nous a conduit à un local, puis, avec beaucoup de prudence, nous avons été conduits, par de multiples rues et passages, au domicile de M.Christian Gulbrandsen, 106 c Kirhevein Oslo, près du centre ville.
A notre arrivée, il y avait déjà de nombreux fugitifs, en grande majorité des Français, un Russe, un Alsacien, incorporé dans larmée allemande, qui avait déserté.
La résistance norvégienne était très bien organisée et bien structurée.
M.C. Gulbrandsen était un des principaux responsables du Réseau qui se décomposait ainsi, dune part, une organisation spéciale la « Milorg », chargée de lentraînement militaire et des affaires sy rapportant, les travaux clandestins civils, distribution de journaux, tracts, réunions clandestines, etc., dautre part, en une organisation la « Sivorg », chargée de lorganisation des départs de personnes en danger, vers la Suède, y compris les Français. Il y eut au cours des 2 dernières années de la guerre, 50.000 personnes environ passées de la Norvège vers la Suède.
Au domicile de M.C. Gulbrandsen, ou nous sommes restés près de 2 mois, les dangers du nazisme étaient grands, car limmeuble de grande dimension était occupé par quelques collaborateurs pro-Quisling. Il nous fallait donc communiquer que par chuchotements et ne faire fonctionner la chasse deau que très rarement.
Le gros problème était le transport de la nourriture pour une quarantaine de personnes en moyenne, par différentes personnes, à des heures très variées dans la soirée ou la nuit, avec un code déterminé.
Nous avions des sacs de couchage. M.C. Gulbrandsen couchait dans la baignoire.
Cest le 25 janvier 1945 que lévasion vers la Suède avait été programmée, certains en camion jusquà proximité de la frontière, soit par chemin de fer dOslo vers les villes de chaque côté de lembouchure du Fjord dOslo, Tonsberg-Sandefjord-Larvik à louest et Halden-Fredrikstad à lEst. De là en bateaux de pêche clandestins qui prenaient la direction de la mer et déposaient les passagers, dont jétais, au port de Stromstadt en Suède, ou nous avons été accueillis chaleureusement par la douane et la police suédoise. Nous étions enfin libres.
Par la suite, jai appris quen fin février 1945, ce fut le drame, leffondrement.
Au cours dun contrôle dans un train en direction de Larvick, par la Gestapo, se trouvait un groupe de 8 fugitifs, parmi eux 2 ont été arrêtés et amenés par la police nazie, sévèrement matraqués pour leur faire avouer leur provenance. Ils ont bien résisté, mais sous les coups répétés, tout en ignorant ladresse, ont donné des indices approximatifs, et en fin de nuit, limmeuble a été cerné, et après fouille vaste par la police nazie, celle-ci a capturé les 38 Français sur les lieux, les a battus à coup de matraque, mais lorsque les policiers semparèrent de Christian Gulbrandsen, ils se déchaînèrent par des tortures dune violence inhumaine, violence répétée en prison, lieu de torture par la suite. En raison de la personnalité de notre bienfaiteur, ils ont renoncé à le tuer, continuant de le torturer sous des formes les plus diverses pour le faire avouer et capturer ainsi lensemble du réseau, ce qui na pas été le cas, Christian nayant rien avoué.
Grâce à sa forte constitution, et à la rapidité de la fin de la guerre, il a eu la vie sauve mais ses profondes blessures, très longues à se cicatriser lon marqué à vie.
Les Français prit dans cette famille, ont été conduits au camp de concentration de Grini, jusquà la fin de la guerre.
Christian Gulbrandsen, que jai rencontré plusieurs fois depuis la fin de la guerre à Oslo, avait été décoré de la Légion dHonneur. Il parlait parfaitement la langue française après avoir fait de hautes études à Montpellier. Il était un grand ami de la France, il est décédé en 1988.
Magda Gulbrandsen, sa sur, a également été une courageuse résistante au sein de ce réseau aux coté de son frère Christian.
Aussitôt informée de la capture de son frère, elle sest immédiatement évadée vers la Suède. Elle était employée des chemins de fer et secrétaire à la gare dOslo. Elle collaborait à un journal clandestin.
A la fin de la guerre la France a apprécié son courage. Le Ministre des Anciens Combattants, M.Robert Galley lui avait décerné la Médaille et le Diplôme de la « Renaissance Française ».
Lors dune de mes rencontres avec Christian Gulbrandsen, celui-ci mavait appris quà Ârdal-Stangen, il y avait également un camp pour les Français qui étaient au nombre de 350. Les mouvements clandestins de ce dernier et de Ôvre-Ârzal, ou je me trouvais, avaient pris de lampleur et à la fin de lannée 1944, après contacts avec la résistance norvégienne à Oslo, permirent de mener de nombreuses actions patriotiques.
A la fin de la guerre, à partir du 8 mai 1945, ils procédèrent à des arrestations des nazis et leurs collaborateurs, et libérèrent des détenus des prisons et des camps de concentration de Grini et Speilaud.
Je tiens à signaler quun dossier sur la Résistance des Travailleurs Français en Norvège a été remis au Mémorial de la Paix à Caen par M. Abadie-Maumert, Délégué général du « Souvenir Français » pour la Norvège.
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