En conclusion des travaux, deux fortes affirmations :
« Les Requis du STO, cest une certitude, ont bien été des victimes de la collaboration de Vichy »
« La justice ne dit pas lhistoire, la chose jugée ne dit pas nécessairement la vérité historique »
Lorsque la distribution est de choix ce qui était le cas avec, au générique de ce colloque, une sélection internationale « qualitative » dHistoriennes et dHistoriens « quantitatifs » - et que le scénario fait référence à un thème dramatique aux dimensions européennes justifiant la persévérante quête de vérité menée par une génération digne en mal de reconnaissance lintérêt est assuré. Pour muer cet intérêt en réussite, faut-il encore que le cadrage soit bon.
J-P Azema, par son introduction générale et à lheure des conclusions, Stefan Martens ont, à notre avis, assuré cette mutation.
A lécoute du premier, « cest la France des années sombres qui réapparaît dans sa confrontation avec loccupant et avec le régime le plus autoritaire que son peuple ai connu en ce XXe siècle. Si le mécanisme de la collaboration dEtat na plus de secret pour les chercheurs il subsiste des niches peu visitées. Lexploitation de la main-duvre française par le 3e Reich avec la collaboration de Vichy est de celles-ci. Cest pour pallier cette lacune que ce colloque a été organisé et que, rien nétant plus roboratif que le comparatif, il a été ouvert aux autre nations européennes qui eurent à souffrir du fléau hitlérien ». Cet avant propos sans complaisance mettant en évidence la triste spécificité dun « gouvernement national »va, du monde des réquisitions aux moyens pris pour leurs applications, aborder tous les problèmes collectifs pour, à lheure du constat de léchec dun Laval souhaitant la victoire de lAllemagne, donner à la création du STO sa force détonante dans le divorce population Vichy. Du décor du « pendant » passer à celui de « laprès » contribue à resituer la France dans sa vérité
Oublieuse de la déroute de 40, et de laccommodation de ses « Elites » et du grand patronat à la collaboration et ayant eu son lot de souffrances, elle sest longtemps complu dans limage de ses guerriers victorieux de la Résistance et de la libération, un paysage dans lequel Prisonniers de guerre et Requis du STO navaient pas de place et ou la mémoire perdait son collectif pour se réduire à des mémoires de groupes : Motrice pour les Résistants, Blessée pour les Déportés, Repliée pour les Prisonniers de guerre et sur la défensive pour les Requis du STO
Après avoir fait sienne la formule dAntoine Prost « lHistorien nest pas au service de la mémoire, il doit faire accepter la démarche de la mémoire pour la transformer en Histoire » J-P Azema avait donc bien lancé les travaux.
Cest sur un hommage ému rendu au Professeur François Dédaridat, disparu tout récemment et qui aurait dû présider ce colloque, que Stefan Martens tira les leçons de ces trois journées. De cette vue globale de la politique dexploitation de la main-duvre par le 3e Reich reprise « améliorée » des réquisitions et déportations imposées aux populations du nord de la France durant la première guerre mondiale quavait rappelées Madame Hardy-Hemery il retint notamment : le rôle fondamental de la loi du 4 septembre 1942 avec la précision donnée par Jean Quellien que dans le total des requis du STO ceux de la loi du 16 février 43 ne sont pas majoritaires ; tout lintérêt de la confrontation du vécu exprimé par les témoins avec les connaissances puisées par les Historiens dans les archives ; limportance des visions régionales et surtout européennes du Travail Forcé avec les particularismes Polonais, Russes (y compris après la guerre) et Italiens (alliés privilégiés avant de devenir après septembre 43, ennemis) ; limpact social et politique du STO et du Réfractariat ; le retour douloureux des volontaires et « en noir et blanc » des PG et des Requis .Un large tour dhorizon dou, à linstar de Jacques Floch, secrétaire détat à la Défense chargé des ACVG, il déclarera « les requis du STO, cest une certitude, ont bien été des victimes de la politique de collaboration de Vichy ». Sil estime que ce colloque est à citer en exemple hommage mérité à ceux qui linitièrent et le tinrent Monsieur Martens considère que la sensibilisation du public doit être poursuivie en coopération européenne avec un accès amélioré aux archives (dou lintérêt de la proposition de Madame P.R Bazin dun guide des sources de la main-duvre exploitée et du service des recherches dArolsen). Bilan positif
même si ce nest que pour un entracte le rideau peut tomber !
Cette satisfaction du devoir accompli le comité fédéral la partage. Il ressent même une certaine fierté dans la tenue du colloque ; désormais dans les archives officielles, celles du patrimoine et de la mémoire, le requis du STO ne sera plus cet ectoplasme flou que daucuns aspiraient à transformer de victime en coupable ; le travail des historiens rappellera aux générations futures que si lévolution sémantique mouvement non spontané a actuellement retiré au mot « Déportation » son sens lié à lorigine de lépreuve pour le rattacher à la seule finalité de celle-ci il nen demeure pas moins que cette épreuve infligée aux populations civiles est un crime de guerre, crime contre lhumanité. Même si nous devions en rester là et nous espérons aller plus loin notre combat de plus dun demi-siècle naura pas été inutile.
Mais lhonnêteté veut que nous exprimions quelques regrets.
Le premier est interne au colloque : tout en comprenant la rigueur du minutage et non point par souffrance de quelques phrases rentrées nous sommes repartis de Caen avec tant de choses à dire qui eussent constituées de précieuses informations pour les chercheurs. Notre âge fait quil ny aura plus loccasion de témoigner dans un tel contexte
Dommage ! Dans lassistance certains dont des universitaires- lont comme nous regretté ; copie dun courrier adressé par lun deux à lune des présidentes de séance le prouve
Le second nest quun constat qui pour notre Fédération est habituel : durant et après ce colloque international organisé à linitiative du Premier Ministre, Lionel Jospin, patronné par le Ministère de la Défense, la Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives et de lOffice National des Anciens Combattants par le centre de lHistoire quantitative de lUniversité de Caen CNRS, la presse nationale est demeurée muette ; la presse régionale plus que discrète na même pas rapporté la venue et lallocution de Jacques Floch, secrétaire dEtat à la Défense chargé des ACVG ; la TV régionale sest limitée à une interview de une minute et trente secondes ! Silence, on tourne
ERREUR profonde, demain le livre, lui, restera ouvert à ce chapitre !
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