Le témoignage du Dr Jan Vojta
Représentant la Fédération des Déportés du Travail de la République Thèque

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« Je voudrais vous remercier de m’avoir convié à participer à ce colloque et vous saluer au nom de notre Fédération des Déportés du Travail Forcé de la République Tchèque en Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale.
C’est pour moi un grand plaisir de rencontrer à nouveau mes amis J.L Forest, J.Chaize et M.Ménage. Avec émotion, je me souviens de mon compagnon français de Gardeleigen, le Dr Maurice Conte, hélas disparu.
Je veux vous parler que pour la République Tchécoslovaque, Etat démocratique d’Europe Centrale, la Deuxième Guerre a commencé dès 1938. C’est à l’automne de cette année que les commandos nazis ont attaqué nos frontières, faisant déjà des morts civils et militaires.
Après le Diktat de Munich, notre République reste seule, sans allié, avec interdiction de se défendre. Notre population était chassée de son pays, ou s’enfuyait pour échapper à la terreur nazie. A l’intérieur, le nombre de chômeurs était important et la propagande allemande en a profité pour commencer à recruter de la main-d’œuvre. Nous avons appelé « collaborateurs » ces travailleurs volontaires.
Six mois après , le 15 mars 1939, les nazis ont occupé tout le territoire et installé le Protectorat Bohème et Moravie ; ils peuvent décider du destin de milliers de jeunes Tchèques.
Les employés des Postes et des Chemins de fer furent les premiers à devoir quitter leurs familles, bientôt suivi par les jeunes nés en 1922,23 et 24 ainsi que par des spécialistes et notamment des médecins et infirmiers.
Ce sont finalement plus de 600.000 personnes qui, dans le protectorat Bohème Moravie, furent déportées pour le travail forcé en Allemagne ; presque autant que nos camarades français.
Les conditions dans lesquelles fut vécue cette déportation sont bien connues, nombre des nôtres ne sont pas revenus, victimes des bombardement, d’accidents ou condamnés à mort pour sabotage. Chez les rapatriés, beaucoup étaient malades, principalement tuberculeux ; nous avons la preuve que dans les deux années qui suivirent le rapatriement, 10% sont décédés et qu’une importante partie a vécu invalide. Au total, nous déplorons plus de 60.000 victimes des nazis.
La guerre terminée, la vie a repris pour les filles et garçons rapatriés, mais que ce soit au retour aux études universitaires ou dans la recherche d’un emploi, les difficultés étaient grandes pour une génération qui voulait enfin renouer avec la liberté et la paix.
Si les rescapés des Camps de Concentration bénéficièrent des avantages de la loi 255/46 (financiers, sociaux, culturels, sanitaires, etc.), il n’y eut rien pour les Déportés pour le Travail Forcé sous le gouvernement communiste. C’est pourquoi il fallait attendre 1990 pour fonder notre « SNN » Fédération des Déportés du Travail Forcé en Allemagne et en pays occupé, dont le secrétariat est à Prague, et nous avons 72 associations dans les districts ; nous tenons un congrès et, trois fois par an, nous diffusons aux associations un rapport d’activité.
Depuis trois ans, l’action de dédommagement allemand a été entreprise et, en 2001, a commencé le paiement de 75% de la somme (qui s’élève à 5000DM pour les Déportés du Travail Forcé). L’aspect bureaucratique du dossier a constituer complique les démarches.
Notre âge avancé limite le devenir de notre Fédération. Il est donc indispensable de se dépêcher de présenter des témoignages pour les historiens, les politiques et les générations futures. Car il faut que soit connue la vérité, toute la vérité sur la Deuxième Guerre mondiale qui engendra , entre autres malheurs, la Déportation pour le travail Forcé .