APPROCHES EUROPEENNES DE LEXPLOITATION PAR LE 3e REICH
Belgique
Ce fut bien une Déportation pour le Travail Obligatoire
Dès le début de loccupation larmée belge capitula le 28 mai 1940 - les Allemands considérèrent le nombre important de chômeurs comme un « foyer de danger ».
Cest en parlant de cet état de fait que M.Frans Selleslach développera sa communication sur « la réquisition de main-duvre en Belgique ». Pour lutter contre le chômage, là comme ailleurs, le champ de manuvre se limite à deux solutions : réactiver lemploi dans le pays et inciter au travail volontaire en Allemagne.
« La Belgique, avec le retour de France des réfugiés et la libération des Prisonniers de Guerre flamands, avait vu le nombre de chômeurs passer de 154.000 en mai à plus dun demi-million en août 1940. Les trois secteurs de léconomie qui retrouvèrent le niveau demploi davant-guerre furent lagriculture, les charbonnages (fin novembre 40, il fallut même faire appel à une main-duvre supplémentaire pour atteindre les normes de production fixées par loccupant) et la sidérurgie (la forte augmentation des commandes après le 22 juin 41, début de la campagne de Russie, ramena le chômage au niveau zéro en octobre 1941) ». La reconstruction et les services allemands (Todt, Wehrmacht
qui employaient 152.000 ouvriers belges au 1e novembre 1941) contribuèrent à cette reprise.
Quant au travail en Allemagne, la 1e phase, celle du volontariat (de août 1940 jusquau 6 octobre 1942) aurait entraîné « environ 200.000 personnes à franchir la frontière pour sengager dans les usines dans les usines du Reich ». Ces volontaires étaient en grande majorité motivés par la nécessité « de gagner leur pain » dautant que salaires, avantages sociaux et congés contrastaient fortement avec laumône que recevait le chômeur en Belgique ».
En 1942, empêtré dans sa campagne de Russie, le 3e Reich passe à la mobilisation des réserves de main-duvre disponible des pays occupés ». Le 6 mars, annonce est faite de la mise au travail obligatoire en Belgique ; tout changement demploi est soumis à autorisation de lOffice du Travail Belge et les entreprises peuvent être obligées à transférer tout ou partie de leur personnel. Ces mesures provoquent la démission du ministre du Travail et de la Prévoyance sociale, C.Verwilghen.
Les résultats étant insuffisants, par ordonnance du commandant militaire, le 6 octobre, les hommes de 18 à 50 ans et les femmes de 21 à 35 pouvaient être astreints au travail en Allemagne (pour les femmes, sous la pression, cette décision est annulée en janvier 1943).
« Tout cela rappelait à beaucoup les déportations durant la Première Guerre mondiale et suscitait la montée du mécontentement ».
Perceptible depuis le début des réquisitions, la différence de situation entre France et Belgique allait se confirmer. Alors que chez nous, lAdministration était confrontée aux lois ou décrets du gouvernement de Vichy, celle dOutre-Quievrain était face à des Ukases de loccupant
et, en conséquence, pratiquait une opposition larvée. « Les secrétaires généraux informaient, par lettre du 15 octobre, ladministration quils ne collaboreraient en aucun cas à lapplication du décret ».
Les plus hautes autorités civiles et morales dénonçaient le caractère de ces réquisitions. Le 25 octobre, le cardinal Van Roey protestait par courrier auprès du gouverneur militaire Von Falkenhauser. Cest à Hitler directement que le roi Léopold III exprimait ses griefs. Indignations vaines mais courageuses, notamment au regard de lattitude des homologues français.
Dans un rapport à Sauckel, Schulze notait avec ironie « le Roi, lEglise et les secrétaires généraux se sentent obligés de protester contre le décret, mais ils nosent pas aller plus loin que des protestations sur le papier. Le seul élément dont nous devons tenir compte est la passivité de ladministration et des entreprises belges. Mais il y a certainement moyen de trouver une solution ».
Effectivement le « personnel communal noffrait aux fonctionnaires allemands aucune assistance dans le relevé des personnes susceptibles d être déportées, au contraire ils falsifiaient ou dissimulaient les registres de la population. Quant aux recruteurs procédant au ratissage des entreprises, ils trouvèrent devant eux un grand nombre de dirigeants qui refusaient ces documents ou présentaient de vieilles listes, sattirant ainsi beaucoup dennuis ».
Conscients de léchec, les nazis appliquèrent « la levée des classes dâge » au milieu de 1943 ; dabord les natifs de 1920 et 21 puis, à partir de mars 1944, ceux de 1922, 23 et 24
Le laxisme aidant, les résultats escomptés ne furent pas atteints. Par exemple, dans le Limbourg, sur 2510 convoqués en mai 1944, 1263 se présentèrent au Werbestellen
mais un seul partit en Allemagne ».
Ceux qui ne pouvaient échapper au filet « avaient le choix entre le Service Obligatoire pur et simple ou un contrat volontaire. Si bon nombre choisirent cette deuxième option, cest quelle était assortie davantages financiers (prime de 750F et indemnités provisoires pour leur famille ».
Confrontés durant la période du volontariat au problème des ruptures de contrat, les nazis rencontrèrent, avec lappel des classes, celui du réfractariat dautant que des organismes se mettaient en place pour aider les « non-partants ». Les plus efficaces furent des grandes organisations catholiques qui créeront lATE aide aux Travailleurs à létranger.
« Flamands et Wallons réfractaires différeront dans leur recherche de refuge. Les premier privilégièrent un abri proche de leur foyer ; cest souvent par le biais de prêtres ou de notables que certains gagnèrent les maquis. Quant aux Wallons, profitant dune meilleure implantation de la résistance et de la proximité du maquis ardennais, ils cherchaient surtout là, leur salut ».
On notera quà Bruxelles, le service des réfugiés de la JOC fut très performant dans lhébergement des fuyards : la paroisse pour base dopération, les cloîtres ou des catholiques pour lieux daccueil ! « Les Universités et lEnseignement supérieur connurent alors une croissance de leffectif détudiants, première année. Cette fuite vers lUniversité conduisit à des conflits aigus entre lautorité universitaire et ladministration militaire ; la plus éminente victime fut le recteur de lUniversité Catholique de Louvain, Mgr Van Waenberg qui, malgré les menaces, refusa toujours de fournir la liste des étudiants de 1re année et fut jeté en prison le 3 mai 1943 ».
Dans cette traque des réfractaire, la Feldgendarmerie sétait fait assister dauxiliaires belges intervenants sur le plan local début 43. Là encore, la passivité aidant, les résultats furent médiocres si bien que fin 43, ils furent remplacés par « un service civile de recherche » dont les membres permanents, armés, provenaient des groupes favorables à lOrdre Nouveau, tels que Rex ou De Vlag, bien payés pour cette sale besogne (près du double du revenu dune famille belge moyenne). Les week-ends les voyaient très actifs dans les rafles.
« Un nombre considérable dillégaux ne furent cependant pas arrêtés grâce aux faux papiers reçu de la Résistance. Ceux qui étaient arrêtés se retrouvaient en Allemagne dans un Erziehungslager, camp de rééducation ou employés à des travaux pénibles sur les chantiers de lOrganisation Todt ».
Malgré toutes ces mesures, loccupant na pas réussi à endiguer le flot des réfractaires que lon évalue à 200.000. Schultze, le représentant de Sauckel, écrivit dans son rapport final : « Lobstination avec laquelle les Belges, et particulièrement les jeunes, se sont opposés à nos mesures concernant la mise au travail, a été déterminante dans le non-respect des quotas de recrutement établis et a contribué, dans une large mesure, à lextension de la terreur (lire la Résistance).
- Le Poids des Réquisitions
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