« La mobilisation du travail dans les PAYS BAS »
Cette approche des « Réquisitions de main-duvre aux Pays-Bas », M.Dominique Barjot précisa quil ne lavais pas conduite sur un travail darchives, mais sur une bibliographie pour dégager quelques pistes de réflexions sur les spécificités néerlandaises.
Trois remarques simposent à son avis : Entre les deux guerres, lindustrie de la Hollande connaîtra lexpansion la plus forte dEurope au point que dans les années 1920, ce sera le plein emploi, le chômage nétant quà 1.5% en 1929.
La crise des années 30 brise cet élan ; le débouché majeur vers lAllemagne est victime de la fermeture de cette frontière, la dévaluation de 1936, la croissance du chômage (13% en 1938) révèlent lampleur dune crise de longue durée qui va être déterminante dans lattitude et les choix des dirigeants du pays. LEtat se montrera très interventionniste, développa les cartels et, en 1936, soumettra à autorisation louverture ou lexpansion dusines, des structures dintervention tel lInstitut des Techniques en 1937 et réaffirme sa croyance en un florin fort. Nentendant pas connaître les mécontents de 1917-18, le gouvernement confie à une Commission dEconomie de guerre
avant la guerre et accumule les stocks et met en place des Bureaux nationaux de lemploi
LAllemagne hérite de tout cela dès linvasion. Seyss-Inquart na aucun mal à convaincre Hitler et Goerme quils peuvent sappuyer sur lindustrie des Pays-Bas au profit de lEconomie allemande.
Après la capitulation hollandaise le 15 mai 1940 et le départ pour Londres le 13 mai de la Reine et du gouvernement, lhistoire de loccupation se découpe en trois phases. « 40-41 : léconomie davant guerre est florissante ; 42-44 : les nazis comme dans tous les pays occupés, exploitent les ressources industrielles et agricoles locales, mais une inflexion ici est à retenir à partir de septembre 43 ou Speer développe les secteurs protégés et axe la pression sur les biens de consommation, ce qui suscite une relance dactivité ; 44-45 : Cest le changement radical, les Pays-Bas nexistent plus. LAllemagne durcit loccupation et, en réaction à lappel à la grève lancé depuis Londres afin de facilité lattaque des alliés, la fermeture des ports est décidée, la famine est organisée ».
Ayant ainsi planté le décor, M.Barjot sattache à la situation de la main-duvre et à son évolution en ces cinq années doccupation. On parle toujours dune chasse forcenée, appelée « Mobilisation au travail ».
Durant les deux premières, le chômage va régresser « les industriels acceptent volontiers les commandes de Berlin et les ouvriers se recrutent dautant plus facilement que, dès le 20 juin 40, toute aide financière est refusée à ceux qui, chômeurs, ne veulent pas uvrer pour (ou en) Allemagne
En 41, les commandes affluent (15% du PIB en proviennent dont 59% dans les biens déquipement). La propagande nazie sattribue le mérite de cette relance économique sur place ; les actifs passent de 1.100.000 à 1.400.000 à lautomne 41.
Mais lindustrie allemande a besoin de bras ; volontaires et requis hollandais qui, de 1942 à septembre 43, vont y travailler se chiffrent à 242.000 (dont 33.000 frontaliers). Après les spécialistes (que certaines entreprises sefforcent de garder en Hollande), cest à la masse que lon sattaque ; la création des secteurs protégés par Speer renverse un peu la tendance du Travail Obligatoire. « A partir de septembre 44, la période est mal connue, il ny a plus de territoire des Pays-Bas ; en mai 1945, on peut considérer que leffectif au travail sur place nexcède pas 25% de celui de 1940 ».
Pour estimer lastreinte hollandaise en Allemagne, M.Barjot sest reporté sur louvrage de notre camarade Pontier qui détaille les diverses phases depuis lorganisation du « Travail adapté » par ordonnance du 25 juin 40 déclenchant le volontariat jusquaux réquisitions pour le Travail Obligatoire de 1943 concernant les classes de 1920 à1924 dans le cadre du recensement des hommes de 18 à 35 ans. Les rafles sauvages et le recrutement absolu de septembre 44 à la Libération complètent ce noir tableau.
En conclusion, pour M.Barjot : « Les Pays-Bas ont connu une occupation très particulière ; seule, la Norvège a eu à souffrir davantage de la fin de cette période. A lexploitation de la main-duvre et aux exactions de parti et de larmée sest ajouté cet hiver 44-45, Hiver de la Famine ».
Sous les bombardements alliés, avec ses zones volontairement inondées par les Allemands, victimes dun pillage économique, la Hollande et cest un originalité que souligne lHistorien « sort de la guerre très touchée mais sans être atteinte dans sa force industrielle qui a profité de lélan 40-41 ». Lappel massif des travailleurs a été tardif (septembre 44). « Lanalyse de linfluence du STO mériterait une plus longue réflexion de même que celle de la stratégie des hommes daffaires des Pays-Bas dans la protection de leur main-duvre, pour repartir sur ces bonnes bases après la guerre ».
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