« Ces ITALIENS de France ballottés entre Rome, Berlin et Vichy »

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Les réquisitions des étrangers résidant sur le territoire français ont, dans leurs généralités été évoquées notamment dans l’étude « des chantiers Todt du Mur de l’Atlantique ». Mais compte tenu du contexte politique, la situation des « Immigrés Italiens en France entre Rome, Berlin et Vichy » méritait un examen plus approfondi. C’est ce à quoi M.Brunello Mantelli s’est attaché dans un découpage passant de l’époque de l’Axe (40-43) à celle de sa rupture (8 septembre 43).
- 1939-1940 – La politique économique allemande d’exploitation de la main-d’œuvre dans les pays occupés s’intéresse évidemment, bien avant l’invasion, à l’importante réserve d’hommes qualifiés disponibles que constituent les nombreux Italiens installés en Benelux et en France, notamment dans le Nord et dans les territoires annexés d’Alsace-Lorraine.
Pour des Intérêts communs, Rome et Berlin envisagent l’implantation dans la Ruhr de mineurs de fond Italiens. 36.000 travaillent aux charbonnages (25.000 en France, 8.000 en Belgique et 3.000 au Luxembourg). Le Reich doit pallier les mobilisations et l’Italie a besoin de charbon, or 25.000 mineurs extrayant 7.5 millions de tonnes… dont 1/3 irait à l’Italie en sus an ravitaillement déjà fixé entre les deux états, chacun y trouve sa satisfaction. Faut-il encore décider ces hommes à partir avec leurs familles. Avantages financiers, logements sont débattus. Mais peu à peu l’Allemagne semble perdre de l’intérêt pour cette démarche : d’une part la non-belligérance italienne en septembre 39 l’incita à la méfiance et l’évolution très rapide des opérations militaires en Pologne offre au Reich une autre perspective. « Nous avons résolu tout seul le problème des mineurs, 6.000 prisonniers polonais vont être envoyés dans nos mines. Laissez tomber la question des Italiens », dira un haut fonctionnaire.
En juin 40, l’Offensive victorieuse de la Wehrmacht à l’Ouest remet la question à l’ordre du jour, d’autant que l’Italie est entrée en guerre. Les 12.000 mineurs italiens du Benelux sont mis à la disposition du Reich.
Confrontés au chômage dans la France envahie, les Italiens saisiront l’occasion du recrutement pour l’Allemagne. De 6.779 en octobre 40 ; ils seront encore 11.000 entre août 40 et fin 41 à partir Outre-Rhin (2e groupe derrière les Polonais, 17.193), recrutés dans l’hexagone.
Les procédures de cette migration entre les deux pays de l’Axe posent problème, notamment avec l’obligation faite aux familles de travailleurs volontaires pour l’Allemagne de rentrer en Italie ; cette contrainte onéreuse obtenue par Mussolini, qui prétend contrôler l’opération et récupérer l’argent des salaires pour son économie, freine les départs placés sous approbation des agences consulaires italiennes.
- 1942-43 – L’arrivée de Sauckel change radicalement les données. Le Consulat général confirme que « de nombreux travailleurs italiens accepteraient volontiers d’aller en Allemagne, mais refusent de rapatrier leurs familles ». Qui plus est, pour ceux résidant dans la zone de Vichy, il leur faut rentrer d’abord en Italie avant d’être admis dans les contingents pour l’Allemagne. C’est donc directement par les recruteurs allemands que ces hommes s’engagent en évitant de passer par le Consulat. Les questions de prestige et de contrôle politique ne résistent pas à la perspective d’éviter frais de déménagement et d’installation.
« Un important flux migratoire d’Italiens est également signalé par les colonies françaises du Maghreb en juillet. En zone Vichy, les services allemands négligent les directives italiennes, ce qui arrange les demandeurs. En Alsace-Lorraine, la demande de Rome concernant l’étendue des avantages, consentis aux Italiens oeuvrant dans le Reich, la Moselle, le Bas et le Haut-Rhin, à leurs compatriotes travaillant en Meurthe et Moselle fut rejetée ».
A partir du 4 septembre 42, c’est la relève. Face aux exigences nazies, Vichy agit sur les directions d’entreprises pour inciter, voire désigner d’office des ouvriers étrangers. L’ambassade italienne de Berlin, le 6 novembre, signale que « les contrats de nombreux de ses ressortissants portent la mention : Pour la libération d’un prisonnier français ». Les protestations de Rome seront entendues : « Quelques mois plus tard, le MBHF exclura les Italiens du calcul de la relève et de la MV de Paris, précisera l’interdiction faite aux services français d’engager des citoyens italiens dont le recrutement est le fait des centres allemands ». Combien de transalpins furent recrutés ? M.Mantelli se défend d’être catégorique, ne disposant que d’une évaluation d’avril 43 « environ 15.000 , sans compter ceux qui résident dans les zones annexés au Reich ».
- L’après 8 septembre 43 – En France, la capitulation de l’Italie en cet automne provoque des réactions. Les Allemands y exigent le recensement des hommes de 16 à 50 ans et des femmes de 18 à 40, en vue d’incorporation dans le STO . Pétain s’exécute le 16 octobre et le 8 décembre, à Berlin, il est décidé « que 2/3 des italiens de France iraient travailler en Allemagne, l’autre tiers sera affecté sur place soit à la Todt, soit dans les S.Betrieb.
Le recensement donne 515.500 résidants, dont 168.124 en zone occupée et 347.376 sur le territoire de Vichy. En activité professionnelle, le secteur agricole est le plus représenté (79.897) si bien que, après les départs, Vichy peut déclarer « la réquisition de la main-d’œuvre italienne a permis d’alléger dans une large mesure les charges imposées à la France en matière de main-d’œuvre » (10 novembre 43).
La plus grande partie des recensés fin 43 sont déjà affectés à des activités de production dans le Reich ou en France, y compris les femmes «(seulement sur place).
La dernière opération Sauckel de février 1944, réclamant 273.000 travailleurs dont 45.000 français, fut loin d’atteindre ce nombre. –Si le 20 mars 44, comme le souhaitaient les Allemands, l’ordre suivant de départ fut circularisé : « Italiens, Polonais, Russes blancs et Arméniens; Combien d’étrangers immigrés figurent-ils parmi les seuls 34.224 recrutés en France ? « . La question reste sans réponse… beaucoup d’inconnues demeurent sur le chapitre de l’exploitation de la main-d’œuvre par le 3e Reich.