Pauvre Pologne qui eut à souffrir, en 1939, dune double invasion : celle des troupes allemandes le 1er septembre et celle de lArmée Rouge le 17 du même mois. Cest au travers des partitions du territoire qui en résultèrent et des composantes biologiques et raciales de la population que M.Michel ESCH sest intéressé au « Recrutement de la main-duvre forcée en Pologne ».
« Après 1918, cest un état à multi-ethnies dont 2/3 sont des Polonais catholiques vivant aux cotés de trois minorités : Ukrainiens, Juifs et Allemands ». Suite au pacte germano-soviétique de 1939, le pays occupé est partagé entre les deux agresseurs. Létude de M.Esch portera, dans la ligne du colloque, exclusivement sur la zone occupée par le 3e Reich ; zone divisée en deux secteurs : lun territoire annexé, lautre Gouvernement Général à forme de Protectorat. Après la rupture du pacte et loffensive de la Wehermacht contre lURSS, le 22 juin, les nazis investiront totalement la Pologne et rattacheront au G.G la Galatie.
M.Esch, compte tenu du minutage, écarte létude trop complexe du problème juif. Bien avant linstallation de ladministration civile allemande, larmée utilise la main-duvre locale. Tout dabord par une interprétation assez particulière de la convention de la Haye en se servant des Prisonniers de Guerre ; elle proposera par la suite en novembre 40 den libérer sils signent, sous 24 heures, un contrat de travail pour le Reich. Une initiative sans grand succès, cest pourquoi, avec ou sans leur consentement, 420.000 PG se retrouvent travailleurs forcés.
Dans le GG, considéré comme réservoir de main-duvre, lopération « appel aux volontaires civils » atteint une grande ampleur ; par contre, en territoires annexés, le rythme est beaucoup plus lent, les Gauleiters, avec lidéologie nazie, considérant que ce recrutement étranger est incompatible avec la majesté de la Volkmanschaft
mais les besoins de léconomie allemande étant impératifs, un compromis est trouvé : contrôle strict avant recrutement, puis mesures discriminatoires dès larrivée en Allemagne (port de la lettre P, interdiction de relations sexuelles avec les Allemands sous peine de déportation, voire de mort
) ; leurs salaires ne sélèvent quà 75 ou 80% de ceux des Allemands et, à partir daoût 40, largent va pratiquement à léconomie du Reich.
A lautomne 1939, la volonté de Germanisation dans les Territoires annexés se traduit par la déportation vers le GG des juifs et des Polonais jugés « dangereux ». Sous contrôle de la SS, la sélection se fait dans des camps de transit. Seuls ceux qui ne présentent aucun risque seront envoyés travailler en Allemagne ; tout refus entraîne la déportation. Cest pour y échapper, que ce soit vers lOuest ou à lEst, que le volontariat connaît un certain succès. Les juifs sont directement exploités dans les ghettos avant, hélas pour beaucoup, lenvoi en camp dextermination. Toujours au nom de la germanisation, les nazis dépossèdent les Polonais de leur travail, de leur logement et de leurs biens au profit de colons et fonctionnaires allemands. Ils maintiennent sur place une partie de la main-duvre locale en intensifiant le travail saisonnier (fin 1940, sur 133.000 déportés, seulement 9.500 sont allés dans le Reich).
Les exigences de productivité en Allemagne obligent Himmler à revoir sa tactique. Cest alors la déportation pour le travail forcé à lOuest, par familles entières (dont 50% doivent avoir des enfants de plus de 14 ans
les plus jeunes sont placés chez des personnes inaptes au travail). A la demande de 200.000 en 1942, résultera 43.500 arrivées dans le Reich ; en 43, parmi les 42.900, 25.000 sont arrivés soit 20% en 1942
et 60% en 1943. Bien que loccupant place les Polonais légèrement au dessus des juifs le régime de terreur ne leur est pas épargné comme en témoigne « les conseils » prodigués lors dun colloque, en octobre 1941, pour diminuer par la violence les propensions aux « accidents du travail ». Quant au complexe gigantesque dAuschwitz, symbole de lHolocauste, il est le théâtre de la forme la plus brutale de lexploitation.
Revenant sur le Gouvernement Général, en rappelant quil est réservoir de main-duvre, bassin de réception, lHistorien insiste sur la violence de la mise en condition de la Population dès la 1re semaine doccupation. On traite les Polonais de peuple peu qualifié qui na pas à être éduqué mais exploité. Le recrutement passe du travail saisonnier aux Constructions Publiques, aux Mines et à lIndustrie. Les camps de rééducation (AEL, Arbeitserziehungslager) se multiplient ; on en dénombrera 500 en Pologne occupée !
Au début de 1940, Goering réclame pour le Reich 1 million de travailleurs dont _ dagriculteurs et 50% de femmes. La proportion de volontaires est ridicule, dautant que les ouvriers revenant dAllemagne révèlent les conditions de vie là-bas. Le recensement des travailleurs sans emploi et la suppression de toute aide sociale sont suivis de désignation individuelle et dune campagne de propagande
et de menace. Les réfractaires aux convocations seront poursuivis, déportés, mal rémunérés ; le bâton, mais aussi la carotte de laide aux familles des volontaires et lautorisation (jamais tenue) de transfert dargent). Les résultats demeurant insuffisants, la police multiplie les rafles par villages, quartiers ou rues entiers, elle prend aussi des otages. Sont appréhendés ceux qui ne détiennent pas de certificat de travail. LAdministration centrale contraint les districts et les arrondissements à effectuer, avec les Offices locaux, la réquisition. En mai 1945, lobligation de travail pour le Reich sapplique aux hommes nés entre 1915 et 1924.
On notera également quaprès Stalingrad (février 43) les autorités dans le GG tentèrent un apprentissage professionnel en direction dune « élite biologique et raciale polonaise » ; il y a eu dans cette zone un lien étroit entre la politique de colonisation et celle du recrutement de main-duvre qui apparaît dans la sélection en trois groupes : Les « récupérables » pour germanisation iront travailler en Allemagne ; les plus nombreux « intégrables » par leur aptitude physique hors des camps et enfin ceux entre 14 et 60 ans déportés à Auschwitz pour les travaux forcés. Quant aux enfants et aux vieillards inaptes, ils étaient regroupés dans des « villages de réforme ».
Face à ces mesures, près de 70% des requis senfuyaient vers les bois et essayaient de rejoindre les partisans. La politique de sélection sur place était transférée dans les régions daccueil, mais les résultats ne samélioraient pas.
En concluant, M.Esch soulignera lodieuse action des nazis, qui, en 1944, sur ordre de Sauckel, déportèrent vers le Reich 50 à 60.000 enfants de 10 à 14 ans pour travailler. Il insistera sur la rigueur de ladministration allemande dans son système de recrutement et dexploitation de la main-duvre sur les mesures qui sappliquèrent, même aux Polonais travaillant en Allemagne avant la guerre et qui furent contraints à y rester. Ce sont finalement 1.600.000 Polonais et Polonaises qui furent victimes de lexploitation du 3e Reich ; seule la population de lex URSS aura été plus ponctionnée.
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