« Restituer la France dans sa Vérité ». Lémergence de cette préoccupation , chacun des auditeurs du Colloque de Caen laura perçue, tant dans les communications des Historiens que dans le discours de M.Floch, secrétaire dEtat à la Défense chargé des ACVG. Il nous est apparu prioritaire de nous en faire lécho dans le supplément du précédent Proscrit. Nest-ce pas, en effet, à cette quête de lauthentique que nous nous sommes consacrés depuis un demi-siècle ?
« Cette photo sans retouche » sur lavant, le pendant et laprès de notre épreuve, prise et développée par des universitaires reconnus et libres de propos, a désormais valeur de document historique. Certains négativistes et il y a aussi chez nous- diront quelle ne nous a rien appris, tant sur la responsabilité de Vichy que sur le fait avéré que la Justice nest pas qualifiée pour dire lhistoire
Cest vrai
mais cest « aux autres », à ceux qui lont intentionnellement voilée et déformée au point de lui faire retirer son véritable nom, à ceux qui voulaient en muer les victimes en coupables ; à ceux qui la reléguait dans les affaires classées, que ce cliché sans retouche apporte aujourdhui information et contradiction. Lexploitation de la main-duvre par le 3e Reich, en violation des conventions Internationales, a bien donné lieu à une Déportation pour le Travail Forcé.
Là encore, les mêmes négativistes ne manqueront pas de déclarer « mais les Historiens, sil ont usés parfois de cette appellation, ne lont pas imposée ». Nous répondrons pour la énième fois, que ce nétait pas de leur ressort. Ils avaient pour mission « dexaminer tous documents et témoignages pour permettre ensuite, quen toute connaissance de cause, le pouvoir responsable puisse se prononcer.
Le responsable, cest dans notre République, le Parlement, seul à détenir le droit de faire et de dire la loi. De même que pour tous les citoyens que nous sommes et qui, voulant des droits, sobligent à des devoirs, le premier dentre eux étant dobéir à la loi. Faut-il encore quil y en eut une, ce qui nest pas le cas pour le soi-disant monopole des mots « Déportés » et Déportation ». Ne confondons pas interprétation et évolution sémantique avec texte législatif !
Espérons que la publication officielle même retardée des Actes du Colloque, incitera le Parlement à enfin rouvrir le dossier en Commission puis à obtenir le débat public des propositions de loi « en toute connaissance de cause ».
Dans ce second Cahier sur le Colloque, nous revenons par le biais des « approches régionales » sur lexploitation de la main-duvre en France. Ceci avec le souci de mettre en évidence des différences de situations dans lhexagone ; un regard qui prête à réflexion.
Nous avions surtout souhaité ouvrir largement nos colonnes aux « approches européennes » au travers des remarquables communications entendues. Hélas, le volet très particulier « réquisition en Europe de lEst » est très incomplet. En cette fin davril, le centre de Recherche dHistoire quantitative de lUniversité de Caen na toujours pas reçu, Madame Irina Scherbakowa sur la déportation pour le Travail Forcé des malheureux Russes.
Il vous faudra donc attendre la publication des actes pour tout savoir car dautres textes font également défaut. Une publication qui souffre de ces retards et, aux dernières nouvelles, serait reportée à la rentrée universitaire. En attendant, et vu linsistance de nombreuses associations, nous insérons, outre la partie européenne, les cinq témoignages « Paroles de STO » ainsi que larticle paru dans « les Chemins de la mémoire » édités par le secrétariat dEtat à la Défense.
Avant de clore ce dossier Colloque International et de redire à M.M.Bernard Garnier, Jean Quellien et à leur équipe du Centre de Recherche, ainsi quà Madame Paule Renée Bazin nos remerciements pour cette organisation, jai relu avec attention un article de M.Jean-Pierre Azema publié dans « le Nouvel Observateur » de décembre 2000.
Là, mais cette fois à propos de la Résistance, il a « Resitué la France dans sa vérité ». Jugez-en de par vous mêmes : « Jusque dans les années 70, on a accrédité la légende du peuple résistant. De Gaulle avait donné le « la » : les Français ont été un peuple admirable. Il savait que la vérité était bien plus contrastée
puis est venu le temps de la Révision, les années 70 et « la mode rétro » en histoire. Les Français avaient tous collaboré, ils sétaient vautrés dans la complicité avec lOccupant et la Résistance était marginale
A la fin de 1941, le Français devient attentiste car il contesta la collaboration. Montoire a porté un coup sévère au prestige du Maréchal. Au début de 1944 cest la peur qui domine
A la libération, pour les Résistants, pour lopinion, on devait soccuper de lensemble des victimes, les prisonniers, les déportés juifs ou non, les victimes des bombardements, les résistants torturés ou fusillés
Sur 350.000 juifs français et étrangers présents en 1939, 76.000 sont partis avec la complicité de Vichy. Les _ y ont échappé souvent avec laide de la population. Je vous lai dit, les Français nétaient ni des héros, ni des salauds.
M.Jean-Pierre Azema nous permettra, dans lesprit du Colloque quil anima, dajouter « mais beaucoup furent des victimes de la politique du gouvernement de Vichy ». Notre catégorie de Victimes de la Déportation du Travail Forcé est de celles qui veillent à ce que cela soit à jamais reconnu.
Les artisans des trois journées au Mémorial de la Paix auront, durant ce Colloque des Historiens, bien contribué à la connaissance de demain sur cette vérité dhier.